Un matin d’octobre 2021, à Bruxelles, l’écran de veille de mon ordinateur fit surgir une image de Tanger, ma ville natale : le phare du Cap Spartel, baigné de lumière. Trente-et-un ans après l’avoir quittée, cette apparition raviva l’odeur du sel, la caresse du vent et la douceur d’une enfance bercée d’horizon.
Mon père, à qui j’avais envoyé la photo, m’écrivit : « Tanger, tourelle sur l’épaule de l’Afrique ».
Cette phrase, reprise à Montherlant, fit vibrer en moi toute la fierté et la tendresse d’un héritage partagé — celui d’une ville perchée entre deux mers, entre deux mondes.
Quatre ans plus tard, le souvenir reste intact, et l’appel du retour toujours aussi vif.
Ce poème dit la fidélité à la lumière originelle, et la mémoire qui veille.
Un matin d’automne,
Entre brisement et élan,
Je glisse dans mon fauteuil,
Au labeur monotone.
J’allume mon écran,
En regardant d’un bon œil
Cette longue journée qui m’attend.
Sous mes yeux ébahis,
Sans y être préparé,
Un cliché m’envahit :
Le phare apparaît,
Et Tanger s’étend sur l’écran !
M’invitant au voyage —
Le Cap Spartel,
Dominant le paysage,
Phare éternel,
Et le détroit s’ouvre à moi en pixels de ciel.
Baigné de cette lumière
Quittée il y a longtemps,
Ma Tanger nourricière
Me récite ma leçon :
Mon enfance clignote à l’écran.
Le goût de l’iode, l’odeur du sel,
Le vent tiède sur la mer,
Tout me revient en étincelles,
Et mes yeux, brillants de lumière,
Retrouvent l’essentiel.
Et dans l’éclat du jour,
La voix de mon père
Me rappelle que Tanger,
Tourelle sur l’épaule de l’Afrique,
Veille sur nous,
Vers l’horizon qui nous attend.
Je me mis à rêver,
Mon automne devenu été,
Et mon cœur ravivé
S’est mis à compter
Les jours du retour escompté.
Et je me fis la promesse
De revenir à sa chaleur,
De me noyer dans sa tendresse,
Respirer son souffle, ses senteurs —
Cette ville qui me manque tant.

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