Ce poème a été écrit à Tanger, la veille du retour à Bruxelles.
Dehors, la pluie tombait sans répit, effaçant peu à peu les contours de la ville. Dans la voiture, à l’heure du midi, la chanson de Majida El Roumi — « كل شي عم يخلص » (Kolchi ‘am yekhlass, « Tout s’achève ») — emplissait l’air de sa douce mélancolie.
Les paroles résonnaient comme un miroir du moment : « والسفر عم ينده بمطارح بعاد » — le voyage appelle vers des lieux éloignés.
Tout semblait dire la fin : la lumière d’octobre, les rires des passants, le parfum du jasmin dans les ruelles mouillées.
À travers cette pluie d’adieu, le poème s’est imposé comme une étreinte à la ville natale — à ses murs, à ses rues, à ses visages aimés — juste avant que le départ ne vienne reprendre son cours.
Il pleut sur la baie, sur les toits, sur les pins,
Sur les rues où s’endort le parfum du jasmin.
Sous la vitre tremblante, le monde se devine,
Et la chanson murmure : كل شي عم يخلص — tout s’éteint.
Tout s’achève, dit la voix, l’amour et les matins,
Les fêtes, les rires, les visages anciens.
Je regarde la mer — elle s’éloigne, elle s’incline,
Et son sel me brûle comme un adieu sans fin.
Ma vieille ville, ton regard m’accompagne au lointain,
Tes murs dans ma mémoire dissipent le chagrin.
Mes rues, mes sœurs, vos rires s’éteignent soudain,
Sous la pluie battante d’un ciel orphelin.
والسفر عم ينده بمطارح بعاد —
Le voyage appelle vers des lieux éloignés.
الخريف عم يخلص، ونحن بالخريف —
L’automne s’achève, et nous sommes en automne,
Sous un ciel de brouillard où le cœur se retient.
La route s’étire, le vent se fait témoin,
Des jours suspendus à ce dernier matin.
Bruxelles m’attend, sérieuse et citadine,
Avec ses trottoirs gris et ses destins.
Et dans la voiture, la voix continue son chemin :
كل شي عم يخلص، وجوه الأصحاب —
Tout s’efface, les visages des amis.
Je ferme les yeux pour retenir le refrain :
Tout s’achève, ô Tanger, demain me prend la main.


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