Retour comblé, retour ajourné

Écrit à mon retour à Bruxelles après quelques jours passés au Maroc, ce poème prolonge l’émotion des retrouvailles familiales et des paysages d’enfance retrouvés.

Entre Tanger, Martil, Cabo Negro et Tétouan, j’ai renoué avec la lumière méditerranéenne, la mer bienfaisante et les visages aimés — ma mère, mes frères et sœurs, mes neveux et nièces, ma tante, mes cousins…

Moments de chaleur, d’amour et de gratitude, traversés pourtant d’un léger regret : celui du temps trop court, des absences, des lieux et des amis non revus.

De ce voyage naît un sentiment de plénitude fragile — un « retour comblé » par la tendresse et la mémoire, mais « ajourné » dans sa quête de retrouvailles totales.

C’est un chant de reconnaissance, un merci à la vie et à la mer, avec la promesse implicite de revenir.

Je suis revenu, le cœur gorgé de lumière,

Des collines du nord, des embruns familiers.

J’ai revu ma mère, mes frères, mes sœurs,

Et dans leurs yeux, cette tendresse première

Qui dit sans mots : tu nous manques, mais tu es là.

À Martil, à Cabo Negro,

La mer m’a reconnu.

Son souffle m’a rendu mes quinze ans,

Ses reflets, mes saisons d’espérance.

J’y ai retrouvé la paix du large,

Et l’énergie des étés d’antan.

A Sidi Amar, j’ai prié sur la tombe de mon père adoré,

Sous un ciel doux où passaient les mouettes.

Le passé m’a parlé, vibrant, silencieux —

Et j’ai senti la vie circuler dans ses veines.

Mais tout va trop vite, toujours trop vite…

Des visages manquent à l’appel du temps,

Des lieux m’attendaient, que je n’ai pu revoir :

Le cap Spartel, le Marshan, le Hafa, la Kasbah…

Tant d’amis, tant d’échos restés sur le seuil du cœur.

Je repars pourtant apaisé,

Les bras pleins de chaleur humaine,

Et cette gratitude immense

Pour la mer, la vie, et ceux qui m’aiment.

Ce n’est qu’un au revoir, un vœu silencieux :

Revenir, encore.

Merci à la vie, à la mer et à ceux qui m’aiment.